VIII La mortalité |
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| Il ne
suffit pas pour qu’une race soit dite acclimatée dans un
pays, qu’elle ait de nombreux enfants ; les plantes, les arbres
surtout ne portent-ils pas le plus de graines et de fruits, l’année
même où ils vont se sécher et périr. Il importe
aussi qu’elle n’ait pas une mortalité exagérée
quoique anormale. Anormale, cette mortalité doit l’être
fatalement puisque le milieu physique, la condition de vie matérielle
et morale sont changés ; mais il ne faut pas qu’elle soit
exagérée au point que les naissances ne compensent plus
les décès. Avant d’établir cette comparaison
nécessaire, déterminons la marche de cette mortalité
à la Stidia ; relevons les résultats annuels :
Nous n’avons pas pu nous procurer les moyennes de la mortalité particulières à la Prusse Rhénane d’où, on le sait étaient originaires les Stidiens, mais nous les possédons pour quelques états allemands voisins ou pour l’Empire :
Il est permis de supposer que ceux de la Prusse Rhénane ne s’en écartaient pas sensiblement. Y-a-t-il donc eu une si grande recrudescence dans les décès ? Sans doute les moyennes sont plus élevées, mais n’était-ce pas inévitable ? et le contraire n’eût-il pas été plus surprenant ? Plus curieuse sans doute est l’augmentation que l’on a eu à constater plus tard ; or, au témoignage de Bugeaud la nombreuse population d’enfants débarqués en même temps que les parents avait bonne mine. Ces éléments bientôt adultes, bientôt vigoureux et résistants, n’ont d’abord donné que peu de décès. Ce ne fut qu’assez tard que, la composition de la population étant devenue normale, les moyennes s’élevèrent.
Mortalité par âge 1877-1881
Tandis que les autres âges n’offrent qu’un nombre relativement restreint de décès, les deux premiers âges en ont donc toujours beaucoup. Nous sommes persuadés que si l’on poussait plus loin ces investigations, on serait amené à vérifier cette loi à laquelle nos études générales de démographie algérienne nous avait antérieurement conduit : en Algérie, les enfants meurent surtout dans la période qui coïncide avec leur dentition et suit immédiatement leur sevrage. La chaleur débilitante et énervante s’ajoute à la fièvre de poussée de dents et rend ce travail douloureux et pénible ; puis quand l’allaitement cesse, la transition avec une nourriture plus échauffante et moins facilement assimilable provoque fréquemment des maladies d’intestins dont ces petits être encore faibles sont victimes. Plus qu’en Europe, plus qu’en France, les derniers mois de la première année et les premiers de la seconde apparaissent comme un âge critique et à ce moment les mères ne sauraient prendre trop de précaution pour la nourriture de leurs enfants. Les prennent-elles ? Qui oserait l’affirmer ? Combien ignorent encore les règles de l’hygiène et de l’hygiène spéciale à l’Afrique du Nord ? Ajoutez qu’il n’y a jamais eu, qu’il n’y a pas encore de médecin à la Stidia, qu’il faut faire plusieurs kilomètres pour aller le chercher à Rivoli et vous jugerez de la quantité énorme de vies humaines que l’ignorance ou l’absence de soins médicaux ont laissé périr.
Etat-Civil des décédés à la Stidia 1881-1887
Il ne ressort, comme on le voit, de ce tableau aucune indication précise ; chaque sexe apporterait à la mort son même contingent. En concluera-t-on que l’opposition signalée n’existe pas ailleurs, en particulier dans les villes ? Faut-il surtout nier les ravages que l’alcoolisme exerce sur les Algériens, quoiqu’il s’agisse ici d’une population qui se livre parfois à la boisson ou non, les milieux sont différents ; en réalité, la vie à la campagne, en plein air, les durs travaux de la journée neutralisent chez ces gens laborieux les funestes effets d’une intempérance passagère. |
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