Le nombre
des naissances dans un centre aussi peu peuplé que la Stidia est
nécessairement très variable d’une année à
l’autre. Le tableau suivant montre l’amplitude de ces oscillations
durant un demi-siècle :
Naissances de la Stidia de 1848 à 1900
| Années |
Naissances |
Années |
Naissances |
Années |
Naissances |
| 1848 |
30 |
1861 |
24 |
1887 |
27 |
| 1862 |
26 |
1888 |
16 |
| 1849 |
12 |
1863 |
30 |
1889 |
27 |
| 1864 |
23 |
1890 |
15 |
| 1850 |
15 |
1865 |
18 |
18991 |
17 |
| 1866 |
30 |
1892 |
31 |
| 1851 |
11 |
1867 |
27 |
1893 |
27 |
| 1868 |
14 |
1894 |
27 |
| 1852 |
18 |
1869 |
22 |
1895 |
40 |
| 1870 |
17 |
1896 |
38 |
| 1853 |
16 |
1871 |
27 |
1897 |
29 |
| 1872 |
10 |
1898 |
35 |
| 1854 |
18 |
1873 |
20 |
1899 |
30 |
| 1874 |
32 |
1900 |
24 |
| 1855 |
14 |
1875 |
16 |
|
| 1876 |
27 |
| 1856 |
36 |
1877 |
20 |
| 1878 |
21 |
| 1857 |
12 |
1879 |
29 |
| 1880 |
28 |
| 1858 |
10 |
1881 |
23 |
| 1882 |
29 |
| 1859 |
28 |
1883 |
19 |
| 1884 |
23 |
| 1860 |
30 |
1885 |
19 |
| 1886 |
20 |
Quoique l’on ne puisse pas déterminer scientifiquement
les raisons de ces différences annuelles, quelques-unes se laissent
deviner. La natalité dépend évidemment du nombre
des mariages consommés et aussi de la situation matérielle
et morale de la population. On sait que les prescriptions du Maréchal
Bugeaud avaient été des plus heureuses puisqu’en
multipliant les unions dans cette colonie désorganisée,
elles avaient contribué à l’asseoir sur des bases
plus solides, à l’implanter sur ce sol nouveau ; elles
accrurent aussi le nombre des naissances en 1848. Mais l’état
économique et moral, si déplorable des années qui
suivirent arrêta ce mouvement ; et de 1848 à 1855 s’écoule
une période d’alanguissement, de découragement profond
; la misère est si grande qu’on ne procrée pas d’enfants,
charges nouvelles pour des gens qui avaient de la peine à se
suffire. Dès 1856, l’aisance vint et avec elle l’espoir
d’un avenir meilleur ; aussi quelle recrudescence dans la natalité
! La situation s’améliorant chaque jour, les naissances
continuaient à être nombreuses ; de 18559 à 1860,
elles oscillent entre un minimum de 14 en 1868, année de disette
et d’épidémies qui évoque de si douloureux
souvenirs en Algérie et un maximum de 32 en 1874, année
d’abondance où les Algériens, débarrassés
du cauchemar de l’insurrection, se reprennent à espérer.
Puis, après 1891, les naissances se multiplient, s’élèvent
à 35, 38, 40 mais toujours la même raison ! On a compris
dans l’Etat-Civil de la Stidia celui de Fornoka.
En somme indépendamment de ces relèvements et de ces chutes
brusques, la natalité a toujours été abondante
à la Stidia. Pour mieux l’apprécier, comparons-le
au chiffre global de la population et rapportons-la à 1 000.
Ne considérons que les périodes décennales normales
: 1856, 65 ; 1866, 75 ; 1876, 85, les résultats des premières
années ayant été formés par la détresse
où étaient les habitants et ceux des dernières
par la confusion de l’Etat-Civil de Fornoka. Or, pour ces trois
décades, les moyennes obtenues atteignent pour :
| 1856 - 1865 |
|
46,9 |
| 1866 - 1875 |
49,4 |
| 1876 - 1885 |
50,4 |
Ce sont là des moyennes fort élevées ; elles prouvent
jusqu’à l’évidence que le caractère
prolifique de la race allemande n’a pas diminué en Algérie,
que loin de s’affaiblir avec les années sous ce climat,
il est même devenu plus grand. D’après les calculs
de M. Le Vasseur, les Etats allemands auraient une natalité moins
forte qui depuis tendrait à diminuer ; en 1875 elle aurait été
pour l’ensemble de l’empire de 40,6 ; en 1882 de 39,1 ;
en 1889 de 36,5. Comme on le voit, tout l’avantage reste à
la colonie allemande algérienne.
Cependant que de fois, lors de mon passage dans ce centre, ai-je entendu
dire que les familles prussiennes n’avaient plus leurs dix ou
douze enfants du début ! Et comment expliquer dès lors
ces nombreuses naissances ! Une distinction s’impose. Les statistiques
de la natalité indiquent le nombre d’enfants qui sont nés
; la voie publique parle des enfants vivants, existant encore, conservés
par les parents. Peut-être ces nouveaux-nés ont-ils été
enlevés impitoyablement dès le bas âge ! Ce dont
témoignera l’étude de la mortalité.
Peut-être aussi cette natalité paraîtra excessive
à quelques démographes ; et nous pensons nous-mêmes
que les moyennes ne se maintiendront pas aussi élevées
; prolifiques durant leur pauvreté, les Allemands le seront moins
dans la richesse, comme les Maltais, comme les Espagnols eux-mêmes.
Combien il est curieux de noter, en Algérie, cette décroissance
de la natalité chez certaines races au fur et à mesure
qu’elles vivent dans une plus grand aisance et qu’elles
subissent de plus en plus l’influence des habitudes égoïstes
de bien être. Toutefois la précocité des unions
algériennes laisse espérer que malgré les épreuves
de l’acclimatement, malgré leurs richesses, malgré
les habitudes du milieu social, les différents groupes qui constituent
le peuple algérien, entre autres les Allemands resteront des
races vigoureuses et prolifiques.
La natalité soulève d’autres questions d’ordre
secondaire sur lesquelles il est inutile de longuement insister. Existe-t-il
entre les naissances masculines et les naissances féminines une
différence bien marquée ? Pendant la période 1881-1890,
la seule sur laquelle nous possédions des renseignements, la
proportion des sexes dans les naissances est de 118 garçons pour
500 filles. Quelques médecins considèrent cette supériorité
de la natalité masculine comme un signe de vigueur dans la race
; mais la question est controversée … et adhuc sub judice
liest…
Enregistre-t-on beaucoup de naissances naturelles à la Stidia
? Dans son beau livre sur la démographie figurée de l’Algérie,
le docteur Ricoux affirmait, avec preuves à l’appui, que
de tous les peuples européens qui avaient fourni à l’Algérie
des colonies, le peuple allemand était celui qui avait le plus
de naissances naturelles. Le fait signalé était exact,
mais il eut fallu en rechercher les causes autre part que dans une plus
grande facilité de mœurs ! Il fallait ne pas ignorer les
circonstances historiques de la création des centres allemands.
La vie de camp que l’on y mena deux années durant, le contact
perpétuel de la troupe étaient bien faits pour aggraver
cette tendance à la débauche si elle existait déjà
ou même pour la faire naître ; depuis, chaque année,
régulièrement on compta à la Stidia des enfants
naturels et c’est cette illégitimité des premiers
jours qui a fait attribuer à la race allemande cet avantage peu
enviable. Mais lorsque les familles eurent été solidement
constituées, les mœurs ont été moins dissolues
et actuellement il n’y a presque plus de naissances naturelles.
Quant à la mortinatalité, comme elle est en relations
étroites avec l’illégitimité, cette dernière
diminuant, elle a diminué elle aussi.
Enfin, s’il ne s’agissait pas de la Stidia, c’est-à-dire
d’un village dont la majorité des habitants est allemande
et la presque totalité métissée de sang allemand,
il serait intéressant de répartir ces naissances entre
chaque nationalité ; mais non seulement cette recherche n’aurait
aucune utilité pratique, elle serait encore rendue plus que malaisée
à cause des effets de naturalisation automatique de 1889 qui
a mélangé étrangers et français.