1914-1962 : Du modernisme à l’exode !

 

Jean-Baptiste a retrouvé tous ses fils, qui bientôt s’envoleront pour aller, eux aussi, construire des nids pour leurs nouvelles familles. Il est maintenant contremaître de l’atelier de tournage sur métaux. J’ai eu l’occasion, dans le midi de la France, de rencontrer, il y a longtemps, un très vieux Monsieur qui me demandant mon nom, m’a dit avoir connu mon «père» Jean-Baptiste (?) car il en avait été l’apprenti.

La guerre du Rif verra encore partir son fils Maurice qui s’engagera une nouvelle fois pour «la durée de la guerre». Cette fois il ne sera plus matelot mais aura deux affectations successives. L’une comme Zouave de 2ème Classe et l’autre comme Infirmier dans une section d’Infirmerie opérant sur les théâtres rifains. Je dois dire, pour l’anecdote, que je me souviens, avec une terreur qui perdure, des «talents» d’infirmier et surtout de la grande «douceur» de mon grand-père quand il entreprenait de soigner les plaies et les bosses glanées lors de mon apprentissage des pièges de la vie. Ses «instruments» étaient la lame de rasoir, en guise de bistouri, le bleu de méthylène, universel selon lui, la paire de claques comme anesthésique et bien d’autres joyeusetés dans ce genre. Même avec 40°c de fièvre, vous revenait une forme olympique vous permettant de courir le 100m en des temps record pour fuir au plus vite ses «soins» attentionnés.

Presque tous les enfants sont maintenant mariés et arrivent les festivités du Centenaire de la présence Française en Algérie en ces années 1930. Le Président Doumergue vient en personne présider aux fastes des cérémonies commémoratives.

Dieu que la France était fière de son œuvre et de ses réalisations en cette époque !

Jean-Baptiste ne survivra que de 2 ans aux fastes du centenaire. Il ne profitera que très peu d’une retraite bien méritée et il s’éteindra dans la nuit du 1er janvier 1932 des suites d’une congestion. Virginie elle, lui survivra encore 26 ans et sera le ciment de toute la famille, tant par les sentiments que lui vouaient ses fils que par la fermeté de son caractère.

Je deviens volontairement assez vague depuis le chapitre précédent pour préserver la vie privée de certains membres de la famille qui ne souhaitent peut être pas voir ici racontée la vie de leurs parents ou grands-parents.

Entre temps «l’ère moderne» avait fait que cette famille s’était éparpillée aux 4 coins de l’Algérie par les mariages successifs et les obligations professionnelles. En cette période trouble et troublée d’avant guerre, la politique aussi avait fait son œuvre dans le fait que certains liens s’étaient distendus. Tous les courants politiques étaient présents au sein de la famille KAPPES comme dans tant d'autres familles.

La 2ème guerre arriva et cette fois ce fut aux petits enfants de Jean-Baptiste de partir s’acquitter de leur devoir. Ils ne connurent qu’assez peu les combats de 1940 mais s’illustrèrent plus en Italie, en Provence, et en Allemagne ...encore et toujours !

Puis pour d’autres encore l’Indochine.

Plus tard, mon père, toujours attiré par le grand sud et les confins sahariens, ira travailler à Biskra, Reggan, et enfin Colomb Béchar d’où je garde de merveilleux souvenirs de liberté, de mémorables parties de «luge» dans les dunes proches du Chalet du Méditerranée-Niger que nous habitions mais, plus que tout des chameaux qui me faisaient si peur tout en me fascinant.

C’est à cette époque qu’arriva le moment où il devint impératif de penser à quitter cette terre où ont été enterrés tous nos morts depuis 1846.

Cette terre qui malgré le fait que nous n’en possédions pas le moindre mètre carré, était notre Terre ! Non pas de l’ordre du possessif mais de celui de l’affectif et de l’attachement. Arrivés pauvres hères sans le moindre balluchon sans le moindre argent, nous avions réussi à nous construire une vie et malgré toutes les légendes qui ont cours de nos jours des deux côtés de la Méditerranée , pas au détriment de certains, mais avec Toutes les personnes de notre modeste «condition».

 

Nous, de la race de ceux qui avaient tant fait «suer le Burnous», nous les millionnaires qui avions fait fortune, nous les si peu français, nous les vendeurs d’eau, nous enfin les responsables de la mort de tant de jeunes, bien français eux, venus défendre nos possessions sur cette «terre étrangère» qu’étaient ces 3 Départements Français, en débarquant en Provence ne défendions nous pas, nous aussi une terre et des intérêts étrangers, devions partir vers la si généreuse et reconnaissante Métropole où nous allions être accueillis en pestiférés !

Arrivés sans le moindre vêtement nous repartions 116 ans plus tard avec à la main une grande Fortune amassée : Une valise. Lors de notre arrivée, toujours 116 ans plus tard, c’est encore l’Armée qui devait nous prendre en main, en nous fournissant des lits de camp et quelques ustensiles pour ne pas être totalement clochardisés, ou alors juste ce qu’il fallait de manière à ne pas trop occasionner mauvaise conscience. Beaucoup de nos «Vieux» en sont morts !! Eux qui nous élevaient dans le culte de la France en ont été grassement payés !! N’est pas Kosovar qui veut …