1900-1914 : l’Amnésie Idenditaire.

 

Jean-Baptiste KAPPES et son épouse Virginie sont maintenant parents depuis 1894 de Louis, de Ferdinand en 1896 et d’Alice en 1898. Ce ne sont là que les prémices d’une longue fratrie qui ne va pas tarder à s’étoffer.

Jean-Baptiste est tourneur à la Franco d’Oran suite à une mutation plus ou moins disciplinaire. Sa jeune sœur, Marie-Jeanne, se serait moquée, dit-on dans la famille, du supérieur hiérarchique de Jean-Baptiste ce qui lui aurait attiré ses foudres et cette mise à l’écart.

Durant cet «exode» va naître à Oran en 1900 Maurice puis, cet essaim, de la famille KAPPES prendra la route de Perrégaux où elle s’installera pour de biens longues années. Vont naître en 1903 Albert, en 1905 Jean-Baptiste Junior dit Titou, en 1908 Adrien qui ne vivra que quelques mois, en 1909 Marcel et enfin en 1912 Lucien.

Maurice, après de courtes études dont je peux dire qu'elles ont été sages à défaut d'être fructueuses, j’ai en ma possession un certificat de bonne conduite, entrera comme apprenti Tourneur, comme son père, aux ateliers centraux de la Franco à Perrégaux.

Des bruits de bottes résonnent aux frontières de la France et ces Français s’enflammeront-ils spontanément pour la cause de leur pays ? A ce stade du récit, j’aimerais pouvoir sonder leurs esprits pour savoir ce qu’ont pu être les dualités qui les habitaient. Jean-Baptiste, bien que né en Algérie, ne pouvait en aucun cas ignorer ses origines. Qu’éprouvait-il et qu’éprouvèrent au sujet de ce futur conflit fratricide, tous les descendants ? N’oublions pas que quelques Prussiens des origines avaient demandé à être rapatriés sur leur terre d’origine. Certains liens ont dû perdurer entre amis ou familles. Malgré mon intérêt pour le sujet, je ne peux que supposer mais en aucun cas, affirmer !

Les deux aînés Louis et Ferdinand, partiront dès le début du conflit. Pour ce qui concerne Louis, il sera Mitrailleur dans une nouvelle Arme, l’Aviation. Pour Ferdinand je ne peux répondre avec précision. Maurice attendra d’avoir l’âge légal pour pouvoir s’engager « pour la durée de la guerre» tel que mentionné sur son livret militaire, il sera affecté dans la Marine. Pour l’anecdote, il sera même membre de son équipe de football (Titulaire ? Remplaçant ? Et à quel poste ?).

Ils en reviendront tous trois, blessés ou intacts mais ils reviendront de ce conflit où ils ont peut être tiré sur des membres inconnus de leur famille. J’ai vu, lors d’un voyage à Wintrich accroché à la place d’honneur, un cadre, dans l’intérieur d’une maison, qui contenait un brevet pour les actes héroïques du titulaire lors des combats de la Marne. Avaient-ils été, par le destin, mis face à face mais, dans un camp différent ?

C’est à mon sens, ce conflit qui a scellé à tout jamais ce passé et l’a relégué dans le plus profond des mémoires d’où plus jamais il ne ressortira. Bien que cela faisait maintenant plus de 40 ans qu’ils étaient Français, c’est cette épreuve qui a réellement Fondé et Ancré en eux cette appartenance à un Camp, à un Drapeau. Je peux dire qu’elle n’était pas feinte, car malgré bien des épreuves, des visions et des sensibilités différentes, ce «Culte» de la France, cette lointaine «Mère Patrie», a toujours été présente et son feu entretenu au travers des différentes générations d’où, dans les années qui ne tarderont pas à arriver, une bien grande désillusion sur le regard et l’intérêt que portera cette Mère ingrate à l’égard de certains de ses fils …Regards qui perdurent, pour partie, encore de nos jours !