EMBARQUEMENT et DEPART

- 24 août 1846 est à quai au port de Dunkerque «Le Père Courageux» arrivant du port de Vannes, commandé par le Capitaine Mauffret qui après avoir embarqué 161 passagers, 108 adultes et 53 enfants comptant 5 enfants de moins de 1 an, appareillera à 13 heures.

- 26 août 1846 dans la nuit arrive «Le Cupidon» arrivant de Vannes, commandé par le Capitaine Darnet qui après avoir embarqué 141 passagers, 93 adultes et 48 enfants de moins de douze ans. Il appareillera le 27 août à 4 heures du matin.

-29 août 1846 arrive du port de La Rochelle «Le Valin» commandé par le Capitaine Turpin qui après avoir embarqué 138 passagers, 88 de plus de douze ans et 50 enfants dont 4 de moins de 1 an, quittera le port à 6 heures du matin.

Selon toute vraisemblance, en se rapportant à l’état nominatif des détenus Prussiens de la prison et plus particulièrement aux dates de sortie, il semble à peu près certain que c’est sur Le Valin que la Famille KAPPES ait embarquée.

- Retardée par une violente tempête «La France», commandée par le Capitaine Winnaert ne pourra appareiller que le 4 septembre 1846 avec à son bord 205 passagers. La règle de 1 tonneau de jauge par migrant ne sera pas respectée car ce navire ne comptait que 153 tonneaux de jauge. 119 adultes et 86 enfants dont 7 de moins de 1 an.

- Voilà les 869 Prussiens embarqués à destination de leur Patrie de la Nouvelle France comme disaient les journalistes de la Dunkerquoise.

Le lendemain le toujours très présent Monsieur HOHAGEN écrira au Maire pour le remercier de son action auprès des autorités dans la conclusion de ce dossier. Pourtant il restait encore quelques personnes n’ayant pu embarquer sur le dernier navire. Il devront rejoindre Marseille et de là pourront passer en Algérie.

Monsieur le Maire,

Voilà donc nos allemands partis, ils font route pour Oran. Puissent-ils trouver dans leur nouvelle Patrie des cœurs compatissants et surtout un Maire qui, comme vous l’avez fait ici, s’intéresse à eux et leur témoigne de la bienveillance. Je vous remercie bien vivement, Monsieur le Maire de ce que vous avez fait pour mes compatriotes. Ni eux, ni moi n’oublierons avec quelle sollicitude paternelle vous vous êtes occupé de leur sort. Mais j’ai encore une faveur à vous demander. Il reste à Dunkerque une vingtaine d’allemands auxquels on n’a pas permis de s’embarquer sur «La France» parce qu’ils sont au nombre des derniers venus, et c’est d’autant plus fâcheux pour eux que presque tous leurs effets étaient déjà à bord, lorsqu’on leur a signifié qu’ils devaient rester à terre. On aurait dû ou bien leur permettre de débarquer leurs effets ou bien leur permettre d’embarquer avec eux. Les voilà donc séparés de leurs bagages, de leurs amis et de leurs frères que le vent pousse vers les rivages de l’Afrique, tandis qu’ils sont forcés de rester eux-mêmes à Dunkerque.
Je vous supplie, Monsieur le Maire, d’user de votre influence pour que ces malheureux puissent rejoindre leurs parents en Algérie.
Il y a souvent ici des navires à destination de Cette (Sète) ou Marseille, il serait facile de les transporter dans un de ces ports, d’où ils pourraient se rendre à Oran.
Ayez la bonté, Monsieur le Maire, d’intervenir pour eux auprès de Monsieur le Sous Préfet, afin qu’ils soient traités comme ceux qui viennent de partir, c’est à dire que le Gouvernement paie leurs frais de voyage jusqu’à Oran.
Je regrette amèrement qu’on ne les ait pas embarqué sur «La France». C’était une chose si simple ! Quelques personnes de plus ou de moins qu’est-ce que cela aurait fait !
Quoi qu’il en soit, Monsieur le Maire, je recommande ces malheureux à votre sollictude paternelle, ne les abandonnez pas ; ils sont encore logés à l’ancienne prison.

Je veux profiter du temps des vacances pour faire un voyage de quelques semaines ; à mon retour à Dunkerque je m’empresserai de venir vous dire personnellement combien je suis reconnaissant de la bonté que vous avez témoignée à mes pauvres compatriotes, en attendant, je vous prie, Monsieur le Maire, de vouloir bien agréer l’assurance de ma respectueuse considération.
Votre très dévoué Serviteur

Dr H Hohagen.

Le Sous Préfet recevra encore une lettre de remerciement du Consul du Roi de Prusse que voici :

A Monsieur Le Roy, Sous Préfet

Monsieur,

Dans un rapport au Gouvernement du Roi de Prusse au sujet des 800 malheureux émigrants embarqués pour Oran, je me suis empressé de mentionner combien ces émigrants avaient dû se féliciter de la haute protection que vous avez bien voulu leur accorder ainsi que les témoignages d’intérêt dont ils ont ressenti les bons effets jusqu’au moment de leur embarquement.
Son Excellence le Ministre des Affaires Etrangères au nom du Gouvernement du Roi, m’a chargé, Monsieur, de vous transmettre l’expression de la reconnaissance et des remerciements bien sincères pour tout ce que vous avez fait pour empêcher ces malheureux émigrants de tomber dans la plus profonde misère.
Veuillez croire, Monsieur, au plaisir que j’éprouve d’être l’interprète du Gouvernement du Roi, auprès de vous et recevoir Monsieur l’assurance de ma haute considération.

Le Consul de Sa Majesté le Roi de Prusse.