ORGANISATION du DEPART

Les autorités lancèrent, dès que la décision fut officielle, un appel d’offres concernant les frais de bouche ainsi que le voyage des Prussiens à destination de l’Algérie auprès des maisons de commerce de la région.

Vers le milieu du mois d’août 1846 est enfin connu le résultat de l’adjudication, le bénéficiaire est la Maison Coquelin & Cie qui devra acheminer les Prussiens de Dunkerque à Oran pour 88 francs par adulte, 44 francs par enfant et gratuité complète pour les moins d’un an. Il est en outre précisé qu’il faudra compter 1 tonneau de jauge par personne alors que d’ordinaire les maisons de commerce comptent 3 tonneaux de jauge pour 2 personnes. Il semblerait, qu’enfin, un peu d’humanité vienne éclairer l’horizon de ces pauvres hères.

La maison Coquelin & Cie mène toute cette affaire tambour battant de concert avec les autorités militaires de la 16ème Division maintenant en charge de ce dossier.

Après que la Marine Royale ait indiqué qu’elle ne pourrait mettre ses bâtiments au service de ce transport, la maison Coquelin & Cie envoya des émissaires dans les ports du littoral atlantique pour trouver des armateurs prêts à relever ce défit.

De Saint Malo, de Vannes, de la Rochelle viendraient les navires qui transporteront les 869 Prussiens en direction des Côtes d’Afrique.

La Dunkerquoise, encore, tiendra ses concitoyens informés et au passage lancera quelques dardillons en direction des autorités quant à son refus de dons en espèces en direction des Prussiens :

Nous avons appris avec plaisir qu’enfin la situation pénible de nos émigrants va connaître un terme prochain. Ils seront transportés en Algérie aux frais du Gouvernement.
Plusieurs maisons de notre ville avaient soumissionnées pour l’entreprise de ces transports et ce sont les conditions proposées par Mr Coquelin qui ont été acceptées. D’après ces conditions, le soumissionnaire s’est obligé à fournir les navires nécessaires en comptant un tonneau de jauge par émigrant. Le prix comprend les vivres, dont les rations de chaque jour sont déterminées par la soumission. De plus, le départ devra s’effectuer au plus tard le 30 de ce mois ou, du moins, si le vent était contraire, la nourriture des émigrants leur serait fournie, à partir de cette date, par le soumissionnaire.
Il ne paraît pas que le Gouvernement ait autorisé ici la remise de quelque argent aux infortunés qui vont enfin trouver une Patrie dans notre nouvelle France. Il nous semble pourtant que leur dénuement complet aurait rendu nécessaire soit un secours en espèces, soit une distribution de vêtements du moins aux plus nécessiteux, à ces malheureuses femmes, à ces pauvres enfants que des lambeaux couvrent à peine.
Nous espérons que Mr le Sous Préfet de notre arrondissement insistera pour que le Ministre remplisse ce devoir d’humanité.


Le Sous Préfet ordonnera «l’arrestation» des Prussiens les plus démunis pour les loger dans la prison de Dunkerque (Voir la liste ci-contre) jusqu’au moment du départ mais aussi pour en débarrasser la voie publique. D’autres, moins « chanceux », seront eux cantonnés dans un ancien bâtiment militaire où il sera mis à leur disposition un point d’eau et une cuisine. Bien belle générosité car, hélas, rien n’est prévu pour qu’ils puissent se nourrir d’où obligation pour eux de retourner à la mendicité.