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Etat économique
Les limites du territoire de la Stidia ont souvent varié ; lors de sa création, il lui était assigné une superficie d’environ 2 000 hectares dont la délimitation sur place restait à faire : en 1869, un arrêté préfectoral, confirmé par décret, détermina exactement ce périmètre. A 3 169 hectares fut arrêtée la superficie de la Stidia, mais on lui adjoignit deux douars, le douar Ouled Snoussi et le douar El Kedadra qui ensemble s’étendaient sur 5 955 hectares. Depuis cette époque la colonisation a installé un nouveau centre dans la commune, celui de Fornoka et en a prélevé le territoire, partie sur le douar d’El Kedadra, partie sur celui des Beni Yohi dans la commune de Noisy les Bains : 1 958 hectares sur l’un, 627 sur l’autre. Enfin la moitié de la forêt de la Macta, qui relève de l’administration forestière se trouve comprise dans le périmètre de la commune. Il s’ensuit qu’il est malaisé de se faire une idée exacte de la situation économique de la Stidia, les productions culturales, le cheptel et l’étendue des terres cultivées de Fornoka n’étant pas distingués de ceux de la Stidia. Nous ne présenterons donc qu’un tableau général des ressources économiques de la commune entière ; sous cette forme, il témoignera des progrès énormes que la colonisation a faits en moins de 50 ans.

Les cultures


Les céréales et la vigne sont les deux grandes cultures, pratiquées dans la commune.
La première le fut dès les débuts et elle resta la seule pendant bien des années ; on se rappelle qu’en 1846, l’autorité militaire avait fait ensemencer par des corvées arabes 400 ou 500 hectares mal défrichés ; depuis cette époque quels progrès accomplis pour cette culture seulement ! Ce n’est plus 400 ou 500 hectares qu’on remblave chaque année, c’est 2 000 ou 3 000 (2 020 en 1900-2 867 en 1899). Sur cette superficie, 1 000 à 1 500 sont consacrés au blé tendre qui tient toujours la première place parmi les céréales ; puis c’est l’avoine qui n’était pas cultivée au début, à laquelle aujourd’hui on consacre un millier d’hectares ; car l’expérience a montré que l’avoine, plante rustique et résistante, donne en Algérie des récoltes moins fructueuses que le blé peut-être mais plus régulières. L’orge n’occupe qu’une centaine d’hectares, le maïs 200 et le seigle n’en a plus que 20.


Cependant les surfaces ensemencées varient beaucoup d’année en année, suivant que l’automne s’annonce comme pluvieuse ou sèche, suivant que le rendement a été plus ou moins favorable à la dernière récolte. Quand les pluies arrivent trop tard, les colons n’ont pas le temps de labourer toutes leurs terres et la superficie consacrée aux céréales, diminue. Parfois aussi, découragés par de mauvaises récoltes, les colons hésitent à confier à la terre une semence qui ne leur rapportera pas. Et ils se trompent : ainsi en 1899, les céréales n’avaient pas réussi ; on n’ensemença, l’année suivante, que les 2/3 des terres (2 020 au lieu de 2 867) et il arriva que, les conditions climatériques ayant été très bonnes, ceux qui avaient semé eurent de splendides moissons. Le rendement moyen fut de 12 quintaux à l’hectare pour l’orge et l’avoine, de 9 pour le blé tendre, de 7 pour le seigle et de 4,5 pour le maïs. Toutes les années ne ressemblent pas à cette année d’abondance. Somme toute, pour cette culture, la superficie qui lui est consacrée est maintenant six fois plus grande qu’au début et, si le rendement est demeuré très variable, il semble bien qu’il s’est élevé lui aussi et qu’il s’élèvera encore par l’amendement du sol et par des fumures plus abondantes et plus répétées.


Mais il y eut une culture rivale qui durant ces dernières années s’est beaucoup étendue et a enlevé aux céréales des terres qui leur étaient affectées. En 1900 seulement, 153 hectares furent complantés en vignes ; dans 243 autres, les vignes n’avaient que deux ou trois ans. Cette culture était relativement récente. J’interrogeai un ancien du village : il me dit qu’il existait bien de la vigne dans la commune depuis une trentaine d’années, mais que jusqu’à ces derniers temps elle n’avait pas été cultivée en grand. Les mauvaises récoltes en céréales, leur rendement toujours irrégulier avait poussé les propriétaires à choisir une culture plus rémunératrice et moins aléatoire ; on plantait de la vigne à côté d’eux et le vin se vendait bien, ils plantèrent donc de la vigne. Rapidement ils constituèrent un important vignoble et ils entrevoyaient déjà de beaux revenus. Leurs vignes étaient établies moitié dans la vallée 550,50 ha, moitié sur les côteaux 506,87 ha, en tout 1 057,37 ha ; ils faisaient 22 500 hectolitres. Mais ils arrivèrent trop tard et voilà qu’ils sont menacés de perdre leurs vignes et de ne pas vendre leur vin. Dernièrement, le service phylloxérique a signalé l’existence du terrible fléau dans le Sahel d’Arzew ; un habitant de Sainte Léonie, localité infectée, village frère de la Stidia, me contait ses malheurs ; leurs vignes sont perdues, il veut partir ailleurs, bien loin, aller s’établir sur les hauts plateaux du côté de Tiaret où il a entendu dire que le gouvernement accordait des concessions. La Stidia est proche d’Arzew et de Sainte Léonie. Heureusement les marais de la Macta l’en séparent et puis les vignes, plantées dans un terrain sablonneux, craignent moins la maladie et en tout cas résistent mieux. Mais le danger est menaçant.


Et puis, pour comble de malheur, la mévente des vins est venue aggraver la situation ; il faudrait augmenter le matériel vinaire qui est insuffisant, construire des caves spacieuses ; l’argent manque. Eh bien ! quoi qu’on puisse dire, cette crise viticole et cette menace d’invasion du phylloxéra me paraissent un bien pour l’avenir de la Stidia. Il faut avoir le courage de le dire : comme beaucoup d’autres villages algériens, ce centre délaissant de plus en plus la culture des céréales la remplaçait par celle de la vigne. Or cette substitution était dangereuse pour la France, dangereuse pour l’Algérie ; dangereuse pour la France, car cette surproduction devait créer tôt ou tard entre la métropole et sa colonie un conflit économique dont il était difficile de prévoir les conséquences ; dangereuse pour l’Algérie, car il suffisait d’une mauvaise récolte, d’une maladie nouvelle ou même d’une simple mévente pour ruiner une colonie jeune, sans grandes réserves disponibles. En vérité cette crise, est venue en son temps, à son heure pour conjurer ce danger, pour écarter cette menace et pour engager l’agriculture algérienne dans des voies meilleures.


A la Stidia, un colon intelligent, le plus grand viticulteur de la commune, appréciant très sainement la situation, en cherchait les remèdes dans l’introduction de cultures nouvelles ; il me parlait des primeurs. Ne réussiraient-elles pas ? le sol est sablonneux, par conséquent très meuble, très aéré et facilement cultivable ; le climat est doux et humide à cause de la proximité de la mer ; peu ou pas de grêle ; seuls les vents seraient à craindre. Quant aux débouchés, Mostaganem n’est qu’à quelques lieues, et chaque semaine, un courrier régulier met ce port en communication directe avec la métropole. Ou trouver des conditions plus favorables ? La Stidia, comme tous les villages du littoral algérien me semble appelée à un bel avenir par les primeurs. Il faudrait, me dira-t-on, tenter des essais ; il en a été fait un l’année dernière à la Stidia, non pas sur des primeurs proprement dites, mais sur une des plantes qui pourraient fournir des primeurs. Jusque là, parmi les cultures secondaires qui tiennent tant de place en France et une si petite dans la colonie, celle de la pomme de terre n’était entreprise qu’à proportion des besoins ménagers des habitants et comme culture intercalaire. On a fait des essais de culture spéciale ! ils ont fort bien réussi ; 26 ha furent semés, 21 par les Européens, 5 par les Indigènes ; ils ont produit 2 600 qx, soit 100 qx à l’hectare. A 10 F le quintal, l’hectare rapporterait 1 000 F d’où il faudrait défalquer le prix de revient soit 4,75 par quintal ou 475 F à l’hectare : ce qui laisserait pour la même étendue un bénéfice de 525 F. Je soumets ces chiffres des statistiques officielles aux agriculteurs, leur laissant le soin d’apprécier s’ils sont majorés. Mais l’essai n’est-il pas concluant ? les pommes de terre viendraient bien et, comme primeurs, elles rapporteraient. Pourquoi les autres plantes maraîchères ne réussiraient-elles pas ? Reconnaissons-le ; quand on parcourt les campagnes algériennes, on ne peut pas ne pas être frappé par l’uniformité des cultures : du blé, toujours du blé, de la vigne, toujours de la vigne, puis des terres en jachère et autour des villages ou plus souvent dans ces villages, quelques rares jardins. Je sais bien qu’on a été au plus pressé, qu’on a été obligé de vivre d’abord ; mais à cette première époque de culture extensive et de monoculture doit maintenant succéder une époque de culture intensive et de plus en plus variée.


Dans un pays par exemple où les cultures les plus assurées sont les cultures arborescentes, on a négligé de planter des arbres. A peine entretient-on ceux que l’administration avait prodigués dans les rues, sur les avenues. Dans les jardins, on peut les compter, tant ils sont rares : une douzaine d’orangers, une demi-douzaine de mandariniers, trois ou quatre citronniers, quelques poloniers, des amandiers, des figuiers, des grenadiers. Les habitants prétextent qu’ils ne sauraient en planter d’autres parce qu’ils n’ont pas assez d’eau pour les arroser. Ils ne se doutent pas que, sur la première terrasse du moins, une irrigation abondante ferait périr les arbres et rendrait stériles les terres à moins qu’à grands frais, ils ne drainent le sol. Le sous-sol en effet, formé de marnes sahéliennes contient du gypse ; les eaux s’y chargent de sel et se déposeraient par évaporation, à la surface où elles remontent, en assez grande abondance pour nuire aux récoltes. Semblable phénomène se produit à Relizane où des terres naguère fertiles sont aujourd’hui devenues stériles ? Pour éviter ce danger, il suffit de ne pas irriguer trop souvent ces terrains, ce qui n’est pas à craindre à la Stidia ; il faut aussi, si l’on veut les planter d’arbres, choisir les essences qui s’accommodent facilement de cette salure.


Mais si le premier plateau est peu approprié à cette culture arborescente, par suite de la constitution géologique, le second, composé de roches pliocènes, est au contraire pour elle un terrain d’élection. Arbres forestiers, arbres fruitiers y pousseraient vigoureusement. D’ailleurs n’y existe-t-il pas des oliviers (754) que les statistiques officielles portent comme greffés ? Les autres villages se parent d’une ceinture verdoyante ; pourquoi la Stidia n’aurait-elle pas la même coquetterie ? Il est un autre arbre qui en Algérie pourrait servir d’ornement aux routes, tout en étant productif ; je veux parler du mûrier. On le laisse inutilisé. Le Génie avait propagé cet arbre : on le retrouve dans tous les centres, sur les places, le long des rues et, pour qui connaît les départements méridionaux de la France, le spectacle est triste de ces vieux arbres noueux, mal taillés, poussant inutilement leurs branches encore vigoureuses, et tombant à l’automne leurs feuilles délaissées sans profit pour personne. Quelle différence avec ces beaux mûriers de France que l’on oblige à produire trois récoltes annuelles, des feuilles pour nourrir les vers à soie, du bois pour brûler et du rebrou pour servir d’aliment aux bestiaux pendant l’hiver. Passe encore qu’on ne songe pas aux arbres fruitiers ; la maraude est un obstacle à leur plantation, mais est-elle une raison suffisante lorsqu’il s’agit de l’olivier et du mûrier ? L’arboriculture n’existe pas en Algérie que sur quelques points rares et dans les parties montagneuses ; elle devrait se répandre partout, surtout dans les plaines, et elle transformerait le pays.