Depuis des générations les paysans du Westerwald gémissaient sous le poing tyrannique de leurs seigneurs mais ne pouvaient obtenir le moindre allègement de leur sort.
Pareil à ses ancêtres, le dernier Comte du Westerwald était lui aussi un maître très dur pour ses nerfs. Il ne cessait de les accabler de corvées sur les champs et les prés durant tout l'été, dans les forêts et les granges en hiver. De plus il prélevait sans pitié la dîme sur tous leurs revenus personnels.
Un soir qu'il rentrait tard au château, il entendit un charretier pousser de grands cris. Puis arriva une énorme voiture chargée de gerbes de blé. Trois chevaux peinaient dur à faire avancer le lourd véhicule. Ils haletaient et soufflaient. La sueur mouillait leurs flancs.
Le charretier était un petit homme gris. Il s'arrêta près du Comte et dit : " Bonsoir, Bonsoir ", répondit le Comte. Qui es-tu et quel est cet étrange attelage ? - Je suis le parrain du Diable et les trois étalons que voici sont tes aïeux. Ce grand-là est ton arrière grand père ; à côté de lui j'ai attelé ton grand père. Et vois-tu le dernier, qui va tout seul là devant ? C'est ton père. Une place est libre à côté de lui. La tienne. Et aussi vrai que je m'appelle Fix, je t'y attellerai un jour !
Hue, cria-t-il. Le fouet cingla les bêtes éreintées et la voiture continua sa course insensée dans la nuit.
Le Comte avait pâli d'effroi. " Que Dieu m'assiste ! cria-t-il, le maudit petit homme gris ne m'aura pas ! " Et dès ce jour-là, il traita ses sujets humainement et les dispensa des corvées qui étaient au-dessus de leurs forces. Et il eut malgré tout de quoi vivre largement. Les paysans dont la vie était devenue plus facile l'aimaient bien et travaillaient de bon cœur.
Et le Comte devenu le bienfaiteur du Westerwald, n'eut plus aucune crainte d'être pris après sa mort pour compléter l'attelage du charretier nocturne.