IV
PETIT PIERRE

Pierre, l'Aïeul des Comtes de Westerburg était très riche, mais de caractère violent et de mœurs barbares. Sa dame, qui avait beaucoup de chagrin de voir son époux mener une vie désordonnée et impie, cherchait en vain à le ramener dans le droit chemin. Elle mourut peu de temps après avoir donné naissance à un fils.

Sur son lit de mort elle avait exprimé le désir que l'enfant fut élevé au couvent. Sa volonté fut respectée. Le chevalier par contre se laissait aller de plus en plus aux pires débauches. Comme l'argent et les biens qu'il possédait ne suffisaient plus à satisfaire ses plaisirs, il vendit son âme au diable.

Celui-ci prit l'engagement de servir Pierre comme un fidèle serviteur pendant quelque temps et d'exécuter tous les ordres du chevalier. Mais après le délai fixé, l'âme de Pierre lui appartiendrait. De plus, le chevalier devrait faire emmurer tout son or dans la cave sans révéler l'endroit à qui que ce fût, pour empêcher que l'or du diable ne servît à quelque œuvre pie.

Lorsque le temps vint où le diable devait s'emparer de l'âme du misérable, celui-ci fit venir son fils, qui avait alors vingt ans, du cloître où il vivait. Et il lui dit " Je vais mourir bientôt et tu trouveras après ma mort le château bien vide et bien pauvre. Mais écoute bien ce que je vais te dire : en cherchant sous le septième chien …. "

A ces mots, le diable aux aguets accourut et emporta Pierre aux enfers sans que le malheureux pût indiquer l'endroit du trésor.

En même temps, tous les objets d'art, tout le mobilier, la vaisselle d'argent et les bijoux disparurent et le château resta nu et vide comme Pierre l'avait annoncé.

Or, la voûte du sous-sol dans l'aile la plus ancienne du bâtiment repose sur des colonnes dont les chapiteaux sont en forme de tête de chien. Le jeune seigneur pensait que le trésor était enfoui sous l'une des colonnes. Mais celles-ci ne sont qu'au nombre de cinq. Où serait alors le septième chien ? Et même si elles étaient sept ! Elles sont placées en cercle, à égale distance. Où commencerait-on à compter ?

Mais les serfs de Westerburg étaient heureux d'avoir maintenant un maître juste et pieux et lui prouvaient leur dévouement par un travail consciencieux. Ainsi, au bout de peu d'années, le fils avait acquis une belle fortune qui ne fit que s'accroître dans la famille au cours des générations.

Cependant, le chevalier impie ne peut trouver de repos à cause du trésor caché dont il n'a pas réussi à révéler l'endroit. Il revient souvent soit au château, soit sur le Kattenstein où il avait signé le pacte avec Satan. Parfois, il passe comme une ombre silencieuse, à d'autres moments il adresse la parole à ceux qu'il rencontre et leur dit de chercher sous le septième chien car il lui est interdit d'en faire savoir davantage sur le trésor caché.

Les habitants de Westerburg ont donné au fantôme familier le nom de Petit Pierre. Quant au trésor, il ne peut être découvert, au dire des gens, que par un jeune homme de vingt ans dont le cœur est resté pur.