Dame Marioth, qui vivait avec sa famille à Nievern sur la Lahn, eut un soir une étrange aventure. Son époux était parti en voyage et elle avait verrouillé soigneusement toutes les portes, car c'était la veille du premier mai.
Après avoir embrassé ses enfants, elle alla se coucher et s'endormit aussitôt profondément. Tout à coup elle fut réveillée par une grande clarté qui répandait dans la chambre toutes les couleurs de l'arc en ciel, et elle vit près de son lit une vieille femme de toute petite taille qui tenait à la main une lanterne d'argent dont chaque face était en cristal taillé.
" Pardonnez-moi noble Dame dit la petite personne, d'avoir pénétré dans votre chambre. Mais nous avons besoin de vos conseils et de votre assistance. Nous savons que vous êtes habile à guérir les malades. Venez guérir notre reine qui souffre de grandes douleurs. Venez vite ! Aidez-nous ! "
Dame Marioth qui avait bon cœur s'habilla en hâte et suivit la naine dans la nuit noire. Après avoir marché quelque temps dans la campagne, elles arrivèrent à un large escalier qui les mena sous terre, dans des galeries basses et voûtées. Puis les couloirs s'élargirent et Dame Marioth ne put cacher son étonnement devant les salles merveilleusement aménagées et illuminées comme pour une fête.
Enfin elles s'arrêtèrent devant une porte de nacre richement sculptée et la messagère frappa doucement contre le panneau. Des serviteurs respectueux, toujours de taille minuscule, les reçurent et les conduisirent au chevet de la reine.
Près d'elle, dans un appartement luxueux, toutes les naines s'affairaient, tristes et découragées, ne sachant pas comment venir en aire à leur maîtresse.
Celle-ci très belle et jeune, reposait, immobile et pâle comme une morte.
Dame Marioth eut vite fait de découvrir la cause du mal et, grâce à ses soins experts, la jeune reine reprit vie.
Elle appela auprès d'elle celle qui l'avait si bien guérie et la remercia chaleureusement. Puis elle lui remit une petite bague d'argent : " Quand le soleil descendra derrière les montagnes à la veille de prochaine Saint Jean, allez à Weinähr, au pied du Silberberg et mettez cette bague au doigt. Montez ensuite la pente jusqu'à l'endroit où vous verrez un corbeau disputer une colombe morte à deux éperviers. Marquez bien l'endroit. Il contient mon cadeau en souvenir de cette nuit. Aussi longtemps que la bague restera intacte dans votre famille la fortune vous sera fidèle ".
D'un cœur confiant, Dame Marioth accepta la bague et prit congé de la reine des nains. On l'accompagna jusqu'à la sortie des souterrains et elle regagna son foyer.
Le lendemain, les événements de la nuit lui apparaissaient comme un rêve confus. Mais la bague à son doigt sut la convaincre de la réalité de ses souvenirs. C'était une bague d'argent faite de trois anneaux soudés et ornés de dessins pareils aux écailles des serpents.
Dame Marioth raconta à son époux toute son aventure et la promesse qui avait été faite. Le jour fixé, tous deux se rendirent au pied du Silberberg. A vrai dire ils commencèrent à douter et se disaient leur crainte en montant la pente. Mais voici que devant eux un corbeau disputait une colombe morte à deux éperviers. Ils marquèrent l'endroit comme on le leur avait prescrit.
Le lendemain ils firent creuser le sol et bientôt de magnifiques veines de minerai d'argent apparurent.
Pendant plus d'un demi-siècle l'exploitation de ces veines rapporta une grosse fortune à la famille Marioth.
Lorsque le père mourut, ses trois fils se partagèrent l'héritage. Le cadet insista alors pour procéder également au partage de la bague d'argent. Un orfèvre de Coblence se chargea de séparer les trois anneaux soudés.
Mais à partir de ce moment, les riches veines de Weinähr étaient taries et l'exploitation de la mine dut être abandonnée.