Un jour, le neveu de Charlemagne, Roland aux nombreuses aventures, parcourait les pays rhénans. Il arriva au Drachenfels au bord des Sept Monts et demanda un gîte pour la nuit. Le maître du château le reçut fort aimablement et Hildegarde, sa fille, offrit à l'hôte le pain et le vin selon la coutume.
Roland s'éprit de la jeune fille aux yeux clairs et elle répondit à son amour. Et le seigneur de Drachenfels fut fier d'accorder la main de sa fille au preux chevalier.
Les fiancés songèrent à bâtir leur future demeure en face du Drachenfels, mais leurs projets furent brusquement dérangés par un message de Charlemagne.
Les Maures menaçaient une fois de plus les régions du Nord de l'Espagne et Charlemagne allait partir avec ses vassaux pour combattre les infidèles.
Roland s'en alla à regret. Hildegarde en proie aux plus sinistres pressentiments, était inconsolable.
La guerre d'Espagne fut longue et sanglante. Une dernière bataille s'engagea dans la vallée de Roncevaux. A l'issue des combats furieux on déplora la mort des meilleurs chevaliers. Roland fut, lui aussi, mortellement blessé.
Au château de Drachenfels on finit par apprendre la mort du noble fiancé de Hildegarde. Anéantie de douleur, celle-ci renonça à toutes les joies du monde et entra dans les ordres. Le couvent de Nonnenwerth, sur une île du Rhin, la reçut.
Mais Roland n'était pas mort. Grièvement blessé sur le champ de bataille, il avait repris connaissance et fut soigné pendant de longs mois par les bergers montagnards qui connaissaient les vertus secrètes des plantes.
Dès qu'il fut rétabli, il se mit en route pour le le Drachenfels où il arriva par une soirée d'automne triste et lugubre.
Le guetteur reconnut ses armes et ses signes et le fit entrer. Atterré, Roland apprit que Hildegarde était devenue nonne et sans proférer une parole, il quitta le château dans la nuit même.
C'est en face de l'île de Nonnenwerth où était enfermée la bien-aimée qu'il fit bâtir sa demeure.
Il passait ses journées debout près d'une croisée, à contempler le couvent. Le vent lui apportait matin et soir, comme une bénédiction, les harmonies du chœur des religieuses. Et tard dans la nuit, lorsqu'une petite lumière clignotait au dessus des eaux, comme une étoile solitaire, il pensait à celle qui veillait et priait encore dans sa cellule.
Le château de Roland n'est plus aujourd'hui mais on voit toujours la ruine imposante de " l'arc de Roland " tout couvert de lierre, témoignage du grand amour du chevalier pour la nonne au cœur fidèle.