Non loin de Caub un magnifique château fort se dresse sur une île rocheuse au milieu du Rhin. C'est le Pfalzgrafenstein, plus connu sous le nom de " Pfalz ", ancienne propriété de Conrad de Staufen, demi-frère de l'Empereur Frédéric I. Conrad était un seigneur riche et puissant. Cependant, son bonheur n'était pas complet car il n'avait pas de fils. L'unique descendance du chevalier consistait en une fille, nommée Agnès. Tout le monde aimait cette jeune fille dont la beauté et la douceur étaient incomparables. Des princes célèbres aspiraient à sa main, les ducs de Bavière et de Brunswick étaient de ce nombre, ainsi que le roi de France.
Mais Agnès avait choisi Henri de Brunswick qui se distinguait entre tous par ses sentiments chevaleresques et son maintien noble. Les amoureux avaient l'appui de la mère d'Agnès qui ne désapprouvait pas cette union. Conrad cependant pour favoriser les projets de l'Empereur son frère, avait l'intention de marier sa fille à un parent de la Maison impériale. Il chercha donc à mettre sa fille à l'abri des poursuites du Brunswickois.
A cette fin, il fit achever et fortifier la Pfalz pour que le château peu abordable et bien gardé pût servir de résidence à la mère et à la fille.
Mais Henri de Brunswick, déguisé en pèlerin, parvint à se glisser dans le château et la prudente mère d'Agnès qui avait facilité son entrée, eut soin de faire consacrer l'union des amants par la bénédiction d'un prêtre. Les jeunes époux vécurent pendant de longs mois un bonheur parfait dans ce château où personne ne vint les troubler. Et un jour Agnès donna naissance à une fille.
Conrad fut alors mis au courant par son épouse de tout ce qui s'était passé. Voyant ses projets ainsi anéantis, il fut pris d'une violente colère, mais peu à peu, il s'apaisa et pardonna à sa fille d'avoir désobéi. Il se rendit même à Spire à la cour de l'Empereur pour plaider la cause des jeunes époux, car à la réflexion ce n'était pas une si mauvaise chose que cette union contractée entre un rejeton des Guelfes et une fille des Hohenstaufen.
Ainsi la haine séculaire entre les deux familles était enfin effacée et un avenir plus heureux s'ouvrait à la nouvelle génération.
Néanmoins le palatin, ayant fait l'expérience de la nécessité de bien garder ses filles et désirant faciliter cette tâche à ses descendants, fit fortifier davantage la Pfalz qui abrita désormais toutes les comtesses palatines pendant leur lune de miel jusqu'à la naissance de leur premier-né.