Quand parvint aux bords de la Moselle l'appel des Croisés pour aller combattre en Terre Sainte, le jeune Seigneur de Veldenz eut hâte de partir. Les vignobles mosellans et les bois sombres du Hunsrück encerclaient trop étroitement son horizon pour qu'il ne fût pas attiré par la magie de l'Orient lointain.
Au matin du départ, une jeune fille de Veldenz pleurait amèrement. La mince bague d'or qu'elle portait au doigt depuis la veille ne pouvait la consoler. Pourtant, le beau chevalier reviendrait. Il ne l'oublierait pas. N'avait-elle pas sa promesse ? De son côté, il lui serait fidèle quoi qu'il arrive.
Elle attendit le bien-aimé pendant des mois et pendant des années. Main seigneur du Hunsrück, maint riche citadin de Trèves demandèrent sa main. Elle refusa de les entendre et resta fidèle.
La mère en était fort mécontente et pensait que des vertus magiques, enfermées dans la bague, empêchaient sa fille d'agir à sa guise et de choisir un riche mari parmi les prétendants.
Elle ordonna donc à la jeune fille de jeter la bague dans le puits de la cour. Ce puits, creusé dans le roc, mesurait plus de trente pieds de profondeur. Lorsque son eau noire eut englouti le bijou, avec les larmes de l'enfant obéissante, plus rien ne semblait s'opposer aux desseins matrimoniaux de l'ambitieuse bourgeoise.
Mais le lendemain matin, quand la servante eut puisé l'eau dans le puits, elle vit briller quelque chose au fond du seau. C'était la bague.
La mère ne fut que davantage convaincue des forces surnaturelles de cette bague. Elle s'en empara et alla l'enfouir dans le jardin. Maintenant elle était bien tranquille.
Cependant, au mois de mai, la façade de la vieille maison se para, comme d'habitude, de belles fleurs ; les rameaux grimpants d'un volubilis atteignirent les fenêtres de la jeune fille et un beau matin, l'un de ses calices bleus, en s'ouvrant, offrit à la fiancée, étonnée la bague qu'on lui avait ravie.
Alors la mère pensa que seul le feu aurait raison du charme. Elle voulut s'emparer du bijou, mais sa fille était bien décidée maintenant à ne plus s'en séparer.
Des paroles vives furent échangées entre elles. Si bien que personne n'entendit un grand cliquetis d'armes et un bruit de pas dans l'escalier.
Le chevalier qu'on avait cru mort revenait de guerre. Et la fidélité de la fiancée trouva enfin sa récompense.