Sous-Préfecture
Dunkerque, le 25 septembre 1846
De
Dunkerque
Monsieur le Préfet,
Le 17 courant j'ai eu l'honneur de vous donner tous les renseignements complémentaires sur nos 869 émigrants Prussiens embarqués ici aux frais de l'Etat pour Oran et, hier, j'y ai ajouté les informations désirées par vous pour 24 autres de ces étrangers que le Gouvernement veut bien encore diriger par Marseille pour rejoindre leurs compatriotes.
En vous adressant cette dernière communication, je vous prévenais de l'arrivée, avant hier de 64 nouveaux émigrants que je vous disais, après de longs débats, être tombés d'accord avec la Maison Delrue afin de l'embarquement pour le Brésil. Toutefois, en définitive il n'y a pas pu y avoir d'arrangement : Aussi me suis-je mis en devoir de renvoyer ce matin ces malheureux sur la Belgique puis sur le port d'Ostende.
Toute l'affaire, Monsieur le Préfet, vous sera plus amplement expliquée par les pièces incluses, savoir un procès verbal d'enquête que j'ai fait faire des déclarations des émigrants, la réponse de la Maison Delrue à ma communication de ce document.
Il faudrait que les autorités allemandes veuillent bien nous aider à éclairer les émigrants sur la nécessité d'obtenir un contrat écrit, nul doute que nous ne portions là le coup le plus sérieux aux manœuvres coupables qui existeraient réellement et qui équivaudraient à une sorte de Traite. Je vous supplie de représenter la nécessité d'insister d'autant plus par la voie diplomatique à cet égard, qu'on signale d'autres manœuvres de spéculateurs qui auraient intérêt de pousser à l'expatriation pour acquérir, à vil prix, les biens des émigrants et que leur Gouvernement ne paraît pas lui-même très désireux de retenir ces malheureux qui sont en général, porteurs d'espèce de certificat de dénaturalisations
Les 64 réexpédiés ce matin pour la Belgique réclamaient en désespoir de cause l'autorisation d'aller en Afrique à leurs frais. Mais outre que je ne pouvais prendre sur moi de leur donner cette autorisation, je n'ai pas voulu leur laisser le temps de l'attendre à Dunkerque parce qu'ils auraient consommé tout à fait leur peu de ressources, qu'il aurait été bien plus difficile alors de s'en débarrasser. Puis c'eût peut-être été un nouvel appât à ces tristes arrivages. Si pourtant l'intention du Gouvernement était de permettre ces migrations allemandes sur nos Possessions de l'Algérie, je vous serais obligé de m'en faire connaître les conditions.
En somme j'ai voulu agir expéditivement et j'en appelle à la haute sollicitude du Gouvernement, car il faut décourager ou réglementer les nombreux convois d'allemands qui nous sont encore annoncés : il y a eu déjà trop d'embarras pour nous et des souffrances pour eux dans cette saison ; les choses se compliqueraient bien plus encore pendant l'hiver.
Daignez, Monsieur le Préfet, agréer l'hommage de mon respectueux dévouement.
Le Sous Préfet.