VII Courrier du Sous-Préfet |
| Dunkerque le 11 novembre 1846 Monsieur le Préfet, J'ai l'honneur de vous envoyer, régularisé conformément à vos instructions du 30 octobre dernier, l'Etat des fournitures faites, dans notre Maison d'Arrêt ; du 2 au 29 août, à 240 émigrants Prussiens sans ressources, de passage à Dunkerque, lesquels ont été reçus dans cette maison, à titre de réfugiés indigents et non comme détenus jusqu'à leur embarquement pour l'Algérie. Le dit état est en deux expéditions : celle non timbrée n'étant pas encore revêtue de la signature de MM. Duflos et Paquin, la formalité devra être complétée à Lille par les soins de vos bureaux. En faisant votre envoi à Mr le Ministre de l'Intérieur, je vous prie, Monsieur le Préfet, de l'assurer que je me soumets respectueusement à ses observations et qu'il n'y n'aura pas à me les renouveler pour l'avenir. Quant à ce qui s'est accompli, vous voudrez sans doute bien rappeler à Son Excellence qu'après avoir fait tout ce qui dépendait de moi, par ma correspondance avec l'autorité supérieure ou mes dispositions locales, pour arrêter l'émigration dans son principe, je me suis trouvé avec bientôt 900 affamés or, bien qu'elle les accepta pour colon, il advint qu'en attendant que les moyens d'embarquement fussent préparés ou approuvés, l'autorité militaire se refusait de les nourrir. De leur côté, la charité publique et la Mairie croyaient qu'il ne leur appartenait plus guère de rien faire. Nos rues étaient encombrées de mendiants. Tous ces pauvres gens étaient en réalité tombés en état de vagabondage et, sur le rapport au moins préventivement, leur détention n'aurait pas été injustifiable. Mr le Ministre a reconnu sans doute que j'avais agi sous la plus pressante double considération d'humanité et d'ordre public. Je remercie Son Excellence de m'en accorder un billet d'indemnité. Vous avez vous-même été mis de suite à même par moi d'apprécier la légalité de l'urgence de la mesure. Au reste les résultats de nos dispositions sont assez satisfaisants car outre qu'on paraît en Afrique, compte tenu de notre envoi de colons, nous avons continué à éloigner l'émigration de notre frontière. J'ai appris en effet que les émigrants avaient pris la direction de Nancy. Il est vrai qu'il nous en est bien venu encore quelques détachements notamment hier où une soixantaine d'individus s'est présentée aux portes. Mais l'autorité municipale tient la main à ne leur laisser pénétrer que moyennant engagement de la Maison Delrue de les entretenir jusqu'à leur embarquement pour le Brésil. C'est ce qui vient de se faire pour les derniers arrivés. Si le Gouvernement veut plus tard rouvrir notre frontière à la colonisation de l'Algérie, il en sera toujours temps. Daignez, Monsieur le Préfet, agréer l'hommage de mon respectueux dévouement. Le Sous Préfet.
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