IV Courrier du Commissaire |
| Dunkerque le 15 Octobre 1846 Monsieur Le Sous Préfet, Hier à une heure de l'après midi, je fus averti qu'un convoi de 9 émigrants allemands s'était présenté aux portes des canaux pour entrer en ville. Je me suis transporté immédiatement, et j'ai reconnu en arrivant à la barrière extérieure, que c'était les mêmes émigrants qui avaient été repoussés le 24 septembre dernier, parce qu'ils n'avaient pu s'entendre avec Mr Charles Delrue qui exigerait d'eux trente quatre Thalers, tandis qu'ils ne devaient en donner que vingt deux, d'après la convention faite à Ostende. D'après ce qui s'était passé, il y a trois semaines, j'ai dû leur demander le motif de leur retour. Ils m'ont dit que Mr Delrue leur avait fait dire que s'ils retiraient la plainte qu'ils avaient faite ici, et qui avait été envoyée à Ostende, il leur accorderait le passage à Rio de Janeire moyennant vingt deux Thalers et vingt crochets. Ils ont fait cette démarche ; ont obtenu la remise des pièces en échange desquelles ils ont leur passage à ce dernier prix. Le 10 de ce mois ils ont compté l'argent à Mr Delrue qui a remis à chacun des chefs de famille une quittance portant solde du passage jusqu'à Rio de Janeire l'engageant à les nourrir à ses frais si le 1er novembre, le départ n'était pas effectué. Ils m'ont remis chacun leur quittance à l'appui de leur passeport. Ces quittances prouvent qu'effectivement Mr Delrue ne leur prend plus que vingt deux Thalers et 20 crochets par grande personne, prix qui était primitivement convenu, ainsi que le constate mon procès verbal du 23 septembre dernier, et qu'il n'avait pas voulu accepter après l'arrivée de ces émigrants à Dunkerque. Afin que l'exactitude de ce retour de Mr Delrue à ses premières conventions ne puisse être révoquée en doute, je joins à ce rapport une copie de plusieurs quittances de ces émigrants, que du reste, j'avais eu l'honneur de mettre sous vos yeux, à mon retour de la barrière des Canaux. Les vingt et un émigrants qui avaient été autorisés à entrer en ville, le 18 septembre dernier, après avoir prouvé leur moyen d'existence, ont également été admis par Mr Delrue à payer le même prix de vingt deux Thalers et 20 crochets pour leur passage au Brésil ; ils ont payé comme les autres le 10 octobre, le montant de leur passage. Pour ceux-ci Mr Delrue n'a pas pu leur imposer de retirer leur plainte puiqu'ils étaient tout à fait étrangers aux difficultés qui s'étaient élevées contre lui et ceux qui faisaient partie de ce convoi du 23 septembre. Le convoi d'hier se compose de : Dorotha Frour, célibataire : 1Il y en a 17 qui se rendent directement à Toulon à leurs frais, porteurs de passeports délivrés par le Ministre de la Prusse, ils se proposent d'aller en Afrique. Ceux composant le convoi de 21 émigrés qui étaient ici depuis le 18 septembre sont : Pierre Teich, sa femme, sa belle- mère et 6 enfants : 9Les quarante cinq composant le convoi d'hier ont de suite été conduits ainsi que leurs bagages à la baraque de Mr Delrue où ils sont logés jusqu'au moment de leur embarquement. Ceux du convoi du 18 septembre sont toujours rue de la Reine N° 5 et, si le 1er novembre ils ne sont pas embarqués, ils seront comme les autres logés et nourris aux frais de Mr Delrue. Tel est son engagement, ainsi que vous pouvez le constater par les quittances qu'il a délivrées. Veuillez, Monsieur le Sous Préfet, agréer l'hommage de mon respect. Salvigne de la Cipière
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