Monsieur le Sous Préfet,
J'ai reçu avec la lettre de Mr le Préfet, du 27 mai dernier, par vous transmise le 1er juin le présent avis, la pétition d'un certain nombre d'étrangers qui se trouvent à Dunkerque tendant à obtenir l'autorisation de se rendre en Algérie avec leurs familles.
Voici, selon le désir de Mr le Préfet, les renseignements que j'ai obtenus sur la véritable position des pétitionnaires.
Ils sont presque tous Prussiens. Ils sont arrivés à Dunkerque successivement, espérant parvenir à s'y embarquer pour le Brésil où se fondent des colonies et se défrichent de grandes parties de territoire. Mais ils étaient mal renseignés ; il n'y avait pas de navires prêts à porter des émigrants au Brésil ; il n'y en aura que dans quelques temps et encore ces émigrants n'y seraient reçus qu'à des conditions onéreuses que la plupart, en raison de leur défaut de ressources pécuniaires, ne pourront remplir.
Le manque de moyens d'existence dans leur pays paraît les avoir fait venir à l'aventure dans le nôtre, trompés dans leur attente d'un départ immédiat pour le Brésil, ils demandent maintenant à être dirigés sur l'Algérie. Ils sont d'ailleurs paisibles et tout à fait inoffensifs .
Mais les pétitionnaires ne sont pas les seuls étrangers que nous ayons maintenant à Dunkerque, venus sur la foi d'une position, pour eux et leurs familles, meilleure que dans leur pays. Jusqu'au 20 mai le nombre de ces émigrants ne méritait nullement de fixer l'attention de l'autorité. Depuis le 20 mai, il s'est accru de bandes de 15, 18 et 63 individus. Le 29 mai, il s'est présenté cent nouveaux émigrants, le 4 juin cent autres. On m'assure que l'émigration ne s'arrêtera pas là. Je joins à ma lettre un état nominatif de 339 de ces étrangers qui sollicitent leur passage en Algérie. Ils auraient préféré aller au Brésil où ils pensaient que l'agent consulaire du Brésil à Dunkerque les aurait fait parvenir en payant pour eux les dépenses de toute nature. Comme il n'en a pas été ainsi, ils voudraient que le Gouvernement français les admit en Algérie avant que le peu d'argent qu'ils ont, fut épuisé.
Ils possèdent quelques connaissances en agriculture autant qu'il est permis d'en juger; ils paraissent habitués au travail et aux privations.
Le nombre total de ces étrangers ne dépasse pas sensiblement le chiffre de ceux qui désirent se rendre en Algérie et qui sont portés sur l'état ci-joint.
J'ai l'honneur de vous prier, Monsieur le Sous-Préfet de vouloir bien demander pour moi à l'administration supérieure une règle de conduite à l'égard de ces allemands attirés chez nous par l'expectative d'un sort plus heureux. S'il était jugé qu'ils pussent être utiles en Algérie, Monsieur le Préfet trouvera peut-être que les formalités pour les faire arriver seraient bien plus vite remplies s'ils se rendaient à Lille.
Agréez, Monsieur le Sous Préfet, la cordiale reconnaissance de mes sentiments les plus distingués et les plus dévoués.
Le Maire par Intérim
Delattre