Ce qui faisait migrer les MeussPrussens :
Alors que la Révolution Française avait attiré dans ses bras un grande majorité de Rhénans par ses aspirations de liberté, Napoléon devenu Empereur s'attira les foudres et la haine de cette même population à force de redessiner les frontières, d'élever des dignitaires tous acquis à sa cause à des rangs supérieurs, même si pour ce faire, il était nécessaire, pour des pans entiers de populations, d'enrichir les uns et d'appauvrir les autres. En France même, n'accusait-on pas Napoléon d'avoir tué l'esprit de 89 ? L'Allemagne était principalement agricole et bien que les paysans possédaient le droit de cultiver la terre, ils n'en étaient pas propriétaires. Avec l'arrivée de la France, s'est ouvert pour eux le droit de le devenir, à condition qu'ils cèdent 1 tiers des terrains qu'ils travaillaient aux Seigneurs, Princes ou encore ecclésiastiques qui en étaient, eux les vrais maîtres. Pour ceux qui avaient de grandes terres, cela pouvait paraître rentable mais, pour la majorité des petits paysans, ce partage fut la cause de leur misère. Il leur était nécessaire soit de travailler comme ouvriers agricoles chez de plus grands propriétaires ou bien alors de louer, très cher, de plus grandes parcelles. La démographie de cette région catholique était galopante aussi, au décès du père, tous les enfants mâles héritaient d'une fraction amoindrie de terres. Cela eut pour conséquence de morceler toujours plus les parcelles et d'appauvrir plus encore les paysans.

A la chute de Napoléon, après le traité de Vienne en 1815, ces régions de la future Allemagne étaient exsangues et totalement livrées à leur malheureux sort. La nouvelle puissance dominante, la Prusse, ne voyait au travers de toutes ces populaces que des opposants à son hégémonisme obérant l'idée, qui commençait à se faire jour, de la future unité du peuple germanique sous sa seule tutelle. Pourquoi, dès lors, entreprendre d'investir des Thalers pour un hypothétique développement économique qui n'aurait pour cause que de renforcer ses ennemis potentiels majoritairement catholiques. Par contre la Prusse prend des mesures pour endiguer le courant migratoire de ses sujets de même que la Bavière et l'Autriche. C'est de là que naît l'expression MEUSSPREUSSEN. Se revendiquer Prussien, c'est se vêtir des atours de l'oppresseur et se marquer au sceau de l'ennemi héréditaire.

Comme pour d'autres puissances, dans d'autres conflits, la Prusse poussait au départ de ces populations hors de ses frontières en une sorte de " nettoyage ethnique ". Pour celà, elle n'hésitait pas à aggraver les situations de détresse comme à Mayence où, avec l'aide de quelques potentats locaux, elle organisa la raréfaction spéculative de la farine qui occasionna une terrible inflation, au jour le jour, sur le prix du pain. De graves émeutes eurent lieu que l'on nomma d'ailleurs : les émeutes de la faim. A cela venaient s'ajouter le marasme économique, les mauvaises récoltes et surtout la crise de la pomme de terre due à cette même maladie qui toucha la production Irlandaise de l'époque (occasionnant le départ vers les USA de très nombreux Irlandais).

Quand une population n'entrevoit plus d'avenir sur son sol natal, il ne lui reste donc plus comme seule alternative que le départ vers d'autres horizons et quand, de plus, elle y est fortement incitée, le flot n'en est que plus impressionnant.

Il serait intéressant de faire des recherches sur les collusions qui pouvaient exister entre les autorités prussiennes, les agents d'émigration et enfin les marchands de biens qui recrutaient et organisaient les départs des " volontaires ". La Prusse, toujours elle, s'empressait d'établir des certificats de " dénaturalisation " à ces migrants comme pour leur interdire tout espoir de retour en se débarrassant ainsi, à jamais pensait-elle, de ses opposants présents et futurs.

C'est là l'une des principales raisons de cette émigration massive des MeussPreussen mais il en existe une autre, qui n'a fait qu'accentuer ce courant migratoire en lui fournissant les moyens d'y parvenir.