LE VOYAGE - ARRIVEE
en ALGERIE
On sait assez peu de choses sur la traversée en
elle-même, mais quelques textes apparaissent ici et
là pour pouvoir, en quelques lignes, tracer un bien
mince résumé.
Une
nourriture de très mauvaise qualité ainsi
que de l’eau plus ou moins croupie seront la cause
de nombreux décès, 27 au total, sur cette
population déjà amoindrie par des mois et
des mois de malnutrition et de privations. Les plus faibles
d’entre eux, enfants et vieillards, payeront le plus
lourd tribut lors de cette traversée. A la nuit tombée,
les corps des défunts étaient hissés
sur le pont où, enveloppés dans ce qui pouvait
servir de linceul, les familles entreprenaient de dire une
brève prière avant que de les voir immerger
et disparaître dans les flots.
Comme nous l’avons vu plus haut, certains navires
n’avaient pas respecté la règle fixée
par l’adjudication qui était de 1 tonneau de
jauge / émigrant, ce qui eut pour conséquence
un entassement préjudiciable des personnes au fond
des cales et la transmission des maladies. Pour finir, dans
le Golf de Gascogne, les conditions de mer furent déplorables
et il fut ordonné aux Prussiens de jeter par dessus
bord leurs maigres balluchons pour alléger les navires
pris dans la tempête. A part ce qu’ils portaient
sur eux, souvent en bien piètre état, et les
souvenirs, ils ne possédaient plus rien de leurs
vies passées.
Après avoir longé la façade atlantique,
être passé au large du Portugal, contourné
l’Espagne, ils entrèrent en Méditerranée
par le Détroit de Gibraltar et enfin ils aperçurent
les Côtes d’Afrique, leur nouvelle Patrie.

Les 13 et 14 septembre 1846, les navires
arrivèrent au port d’Oran, Mers El
Kébir, en deux vagues où, ils débarquèrent
de leurs soutes un long cortège d’êtres
chétifs, de malades et de quasi mourants. Le décompte
à leur arrivée permit de constater et de dresser
l’état suivant :
- La Paix, 5 décès
- Le Père Courageux, 7 décès
- Le Cupidon, 3 décès
- Le Valin, 7 décès
- La France, 5 décès
Il est à noter qu’il y eut 3 naissances sur
Le Cupidon, le bien nommé, durant
la traversée.
L’état physique et moral de ces Prussiens
à leur arrivée fera que le Commandant de la
Province d’Oran, le Général
d’Albouville, venu en inspection accueillir
les émigrants, ordonnera aussitôt de prendre
par tous moyens nécessaires, à l’Intendance
militaire, des mesures urgentes dans le but d’améliorer
leur état.
Logés
dans un camp militaire à Mers El Kébir,
en bord de mer, et assez bien nourris en comparaison des
mois passés dans la rue et dans les geôles,
ils commencèrent à se refaire une santé.
Mais, les privations antérieures furent encore la
cause, quelques jours après leur arrivée,
de 24 décès, 19 enfants et
5 adultes et de 40 malades
assez lourdement atteints qui durent être transportés
dans une «Infirmerie» improvisée
qui n’était autre qu’un ancien baraquement
servant de dépôt. Ils eurent encore à
connaître diarrhées et dysenterie, meurtrières
dit-on, en ingurgitant ces nourritures nouvelles auxquelles
leurs corps n’étaient pas encore acclimatés.
Liste des Personnes décédées au Dépôt des Colons Prussiens de Mers El Kébir en 1846
Le 17 septembre : Madelaine WEILER - 2 ans - fille de Jean WEILER et de Anne-Marie MAUR
Le 20 septembre : Pierre LUDWIG - 3 ans - fils de Jacob LUDWIG et de Catherine PROSEN
Le 21 septembre : Marie-Anne SCHMIT - 3 ans - fille de Mathieu SCHMIT et de Hélène MOSCH
Le 23 septembre : Auguste BECKER - 3 ans - fils de Jean BECKER et de Marguerite HUB
Le 28 septembre : Catherine SCHMIT - ans - fille de Wilhelen SCHMIT et de Lucie PELERE
Le 30 septembre : Barbara KEIN - 66 ans - fille de ??? Parents inconnus (ou orphelin)
Le 08 Octobre : Théodore PORTNER - 6 ans - fils de Théodore PORTNER et de Suzanne MARSCKS
Le 08 octobre : Pierre GRADY - 5 ans - fils de Jean GRADY et de Anne-Marie MOLITOR
Le 08 octobre : Jean GRADY - 17 mois - fils de Jean GRADY et de Anne-Marie MOLITOR
Le 09 octobre : Michel LUX - 20 mois - fils de Jean LUX et de Anne-Marie ALENDORF
Le 11 octobre : Théodore WILLMS - 6 ans - fils de Nicolas WILLMS et de Marie-Suzanne HECK
Le 12 octobre : Jean MOLITOR - 6 mois - de Pierre MOLITOR et de Catherine MOLITOR
Le 16 octobre : Anne-Catherine MAIER - 38 ans - fille de Jean MAIER et de Thérèse THEISSEN
Le 18 octobre : Suzanna KAPPES - 2 ans - Fille de Nikolaüs KAPPES et de Anne Marie KURZ
Le 22 octobre : Marie-Anne ETTEN - 10 ans ???? Parents inconnus (ou orphelin)
Le 22 octobre : Barbara KAPPES - 5 ans - Fille de Nikolaüs KAPPES et de Anne Marie KURZ
Le 26 octobre : Marie-Madeleine ROSS - 35 ans - fille de Mathias ROSS et de Elisabeth BLESER
Le 27 octobre : Jean-Hubert BERNERS - 3 ans - fils de Jean BERNERS et de Anne Catherine POTH
Le 29 octobre : Anne-Marie MULLER - 2 ans - fille de Nicolas MULLER et de Suzanne STEFFEN, veuve de Jean WERBER
Le 30 octobre : Elisabeth WOLZING - 40 ans - fille de Pierre WOLZING et de Madeleine BUR
Le 31 octobre : Anne-Charitas WEBER - 7 mois - fille de Nicolas WEBER et de Thérèse CLUSSERACK
Le 16 octobre : Anne-Catherine MAIER - 38 ans - fille de Jean MAIER et de Thérèse THEISSEN
Le 02 novembre : Angnesia OTTO - 4 mois - fille de Pierre OTTO et de Anne-Marie MOHR
Le 05 novembre : Pierre KLEIN - 2 mois - fils de Jean KLEIN et de Anne-Catherine BRAUN
Ils restèrent là quelques semaines, délai
jugé assez long par les Militaires, pour se reposer
après ces 5 longs mois écoulés à
errer dans la fatigue et les tiraillements des ventres creux.
En ces temps, l’oisiveté, comme
il est dit dans les textes, n’était-elle pas
la mère de tous les vices ? Il convenait alors, d’en
réduire au plus vite les causes pour en amoindrir
les effets ! Sibyllin comme langage ?? Ceci pour dire qu’il
y aurait eu, selon certaines sources, beuveries chez les
hommes et débauches de la part de certaines femmes.
Je mets tout cela au conditionnel non que je veuille défendre
a posteriori mes ancêtres, mais je n’en trouve
nulle part le détail. Qu’était-ce donc
que ces débauches ?
Ils se scindèrent en 2 convois, l’un en direction
du Centre de Colonisation de La Stidia
et l’autre vers Mouley el Magoug
(future Sainte-Léonie). C’est vers
Mouley el Magoug que la Famille KAPPES fut dirigée
!
